Le virus de Dakar contamine le Cap-Skirring

Vingt-huit kilomètres de côtes, des villages touristiques de Kabrousse à Djembéring, sont aujourd’hui  entièrement occupés par des hôtels et résidences de célébrités et de milliardaires. Une barrière physique imposante qui se dresse entre les populations autochtones et la mer et qui a fini de créer  une fracture sociale et culturelle très profonde. Des voix se sont élevées le samedi 13 juin 20, dans la station touristique de Cap-Skirring pour dénoncer cet accaparement de la côte. Des voix qui surfent également sur la vague du moment pour exiger l’audit de la gestion foncière de tout ce paradis terrestre mais aussi et surtout  l’ouverture de corridor dans l’urgence pour permettre aux populations d’accéder au littoral.

C’est une tradition qui lie une communauté à la mer qui est en voie de disparition dans la station balnéaire de Cap-Skirring où les populations sont plus que jamais déterminées à y faire face. Elles ont, le samedi 13 juin 2020 fait face à la presse pour décrier l’occupation de la façade maritime sur des dizaine de Km par des privés détenteurs de résidences et d’hôtels. Des milliers de mètres carrés de terres gracieusement occupées au détriment du bien-être des populations de Kabrousse et de Cap-Skirring remontées à bloc contre cette situation. Pour Babacar Bernard Diatta porte-parole des populations du village de Kabrousse, «nous vivons difficultés énormes avec l’occupation illégale et le bradage de nos côtes maritimes. C’est un problème qui est réel chez nous et qui date depuis très longtemps. D’ailleurs certains accusent nos populations d’avoir bravé leurs terres sans laisser aucun passage. Ce qui est totalement faux. Tout avait été prévu au début pour une accessibilité à la mer. Malheureusement, les bénéficiaires une fois installés, interdisent l’accès au littoral aux populations autochtones prétextant qu’ils n’aiment pas le bruit. Des voix qui servaient d’accès à la plage sont aujourd’hui bloquées par ces célébrités et milliardaires qui ont construit des villas luxueuses sur tout le long du littoral», se désole M. Diatta. A l’en croire toujours, « la SAPCO avait prévu des corridors mais je dois vous avouer que le dossier a été placé dans les rangs de l’oubliette. C’est pourquoi, nous dénonçons avec la dernière énergie cet état de fait. Le pire c’est que ce sont les occidentaux qui sont en face de la mer et les Sénégalais sont à l’intérieur et qui sont à 100 m de la mer. D’ailleurs pour que ces derniers accèdent à la mer, il leur faudra 45 mn. Nous vivons les mêmes problèmes que les populations de Dakar. C’est encore pire chez nous. C’est pourquoi, nous demandons la restructuration de l’occupation foncière ici à Cap-Skirring et la réouverture des voies qui mènent sur le littoral. Des techniciens de l’Etat du Sénégal avaient séjourné à Cap-Skirring pour l’ouverture des voies mais hélas. Des voies avaient été ouvertes bien avant l’installation de ces milliardaires mais, elles ont aujourd’hui toutes fermées. Je pense que la mairie n’a rien fait pour barrer la route à ces derniers. Nous disons maintenant ça suffit», a soutenu Babacar Bernard Diatta. Interpellé, le président de la Commission environnementale et assainissement de la commune de Djembéring Mamadou Diallo a enfoncé le clou. «Nous trouvons anormal cette occupation illégale du littoral et de la façade maritime de Kabrousse et de Cap-Skirring. Toutes les délimitations ont été cependant faites par le service régional de Cadastre de Ziguinchor. Seulement, nous ne comprenons pas par où se sont passés ces investisseurs pour fermer les passages qui ont été ouverts. Au Sénégal, il y a trop de dessous de table. Nous ne demandons qu’une seule chose à l’Etat, c’est l’audit de la gestion foncière de cette zone paradisiaque. Nous avions eu de l’espoir quand nous avons vu la SAPCOO s’installer à Cap-Skirring pour la requalification de la zone mais malheureusement rien n’a été fini jusque-là. Nous avions également pensé que la société d’aménagement allait nous ôtait une épine dans nos pieds mais, je dois vous avouer que nous sommes déçus. Depuis qu’elle a engagé le processus, tout a été bloqué. Nous ne savons pas si c’est un problème de budget ou si c’est au niveau étatique. Ce qui est sûr, nos populations sont pour l’ouverture des corridors. Vingt-huit Km, de Kabrousse à Djembéring, il y a une occupation illégale du littoral par les propriétaires et gérants d’hôtels, de résidences privées. C’est un scandale », a laissé Mamadou Diallo. Le virus de la capitale sénégalaise a, ainsi depuis ce week-end, contaminé la zone touristique de Cap-Skirring. Les populations inquiètes, interpellent les organisations de défense des droits de l’Homme afin qu’elles puissent les aider pour un audit des bâtiments implantés sur leur littoral. «Nous voulons que ces organisations de défense des droits de l’homme nous aident à dénoncer avec véhémence le déclassement abusif des terres de notre littoral. Nous invitons solennellement les autorités à mettre en place une loi consacrée à la gestion et à la protection du littoral», ont laissé entendre les populations de Kabrousse et de Cap-Skirring.



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